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Otobong preparing the labels
Article Dyptik, mars 2012
"Contained Measures of Tangible Memories, Indigo Regina"
Indigo powder (detail of the installation)
Label on the piece of cloth
Otobong Nkanga adjusting the installation
—2017.07.11

« Contained Measures of Tangible Memories : Indigo Regina » par Otobong Nkanga

Installation constituée : d’un tissu de coton teint, projection vidéo, poudre et cailloux d’Indigo sur coupelles métaliques. Projet co-produit entre l’artiste et L’appartement22, Rabat. L’artiste remercie Abderrahmane Essaidi, Maud Houssais, Haje et Nourdine Khalid.

L’approche pluridisciplinaire de l’artiste Otobong Nkanga se structure autour de chaînes d’associations, qui révèlent un empilage complexe et interdépendant d’histoires de notre société nourries par une observation aiguë du monde, souvent empreinte d’une dimension autobiographique.

Pour le projet « Contained Measures of Tangible Memomires : Indigo Regina », à L’appartement 22, l’artiste Otobong Nkanga a continué ses recherches sur l’Indigo qui fait partie des cinq substances naturelles (le mica, le savon noir, le mimosa de Fernèse et l’alun) choisies lors de son premier voyage au Maroc . Pour son projet l’artiste questionne les usages et pratiques de la teinture. Elle a choisi de faire teindre un morceau de tissu de coton blanc qui appartenait à sa mère – Regina – qui a pratiqué la technique artisanale du Batik à Lagos. Ce processus pose la question de l’alchimie et de la provenance de ce coton transporté de Lagos, à Anvers, Fez et Rabat. Ce projet est en quelque sorte l’archétype des différentes mondialités qui nous constituent et qui sont si chèrement décrites par Edouard Glissant comme les empreintes que ces différents lieux et histoires laissent sur nous. Une fois teint, dit l’artiste « le tissu a-t-il la même densité comme dans mon souvenir ? Peut-il après être travaillé de la même manière ? Le tissu apprêté a-t-il la même odeur, une corporalité identique à celle dont je me souviens lorsque je faisais cela dans mon adolescene ? ». Le projet « Contained Measures of Tangible Memories : Indigo Regina » parle de la complexité de mémoriser de façon visible des lieux, des couleurs et des gestes. Le textile appelé « Tales of a Cloth » est révélateur de la transmission orale des savoirs. Il est l’empreinte des rencontres et des déplacements de mondes différents. La texture des fibres du coton révèle les irrégularités du tissage manuel qui absorbe inégalement l’Indigo. Ces imperfections du tissu mettent en relief les trajectoires qui sont liées à la mémoire que l’artiste a de chaque expérience de la transformation de la matière, en la mettant ici en volume selon un pliage très sophistiqué. L’artiste cherche à mettre en relation ces processus ancestraux significatifs des matières qui traversent les générations, pays et continents de notre époque d’émergence. Se rappeler ces actions, les transmettre, c’est aussi continuer à rendre tangible des éléments qui appartiennent à des temporalités différentes. La vidéo met en association le passé et le présent pour nous déplacer dans un moment lié à notre mémoire. Les allers-retours entre un passé sans mémoire et un présent sans ses traces ne permettent pas l’émancipation des personnes. La mémoire rend les choses tangibles, accessibles, pour nous donner la possibilité de se projeter dans le futur. Quand il y a transmission, il y a moins de stagnation mentale et une meilleure mise en valeur des savoirs. Ceci est particulièrement important dans des pays où la notion d’oralité est la seule source de transmission. Lorsqu’il n’y a plus accès à la mémoire ou quand la mémoire est manipulée et qu’on n’a plus les outils de la connaissance, le présent devient alors intangible. Reposant sur une dialectique entre nature et culture, l’œuvre d’Otobong Nkanga – elle-même mobile et évolutive – explore les déplacements qui s’opèrent d’un pays à l’autre : de mêmes produits voient leurs histoires, leurs significations et leurs usages varier selon la culture dans laquelle ils s’inscrivent. Toutes ces matières correspondent à des fragments de mémoire liés à son enfance au Nigeria, où elle se réveillait en voyant, sentant ou touchant, ce qu’elle a de nouveau expérimenté lors de sa première visite ici en 2009. Otobong Nkanga puise dans ses histoires personnelles les mémoires qui nous habitent et qui véhiculent nos relations au monde qu’elle souhaite restituer ici sous la forme d’une installation-vidéo qui sera présentée à L’appartement22.

Cécile Bourne-Farrell, commissaire-invitée

Voici en français et en anglais le texte de l’artiste de la vidéo réalisée à cette occasion:

REGINA

« I have touched this cloth a thousand times, the soft and rough mingles in every thread inserted every weave.

I could only remember this texture by touching it here and now and knowing that the colour I choose will bring out the shine and grain.

I found this cloth last Year in Regina, my mother’s old trunck, a hand woven cotton forgotten for more than 18 Years.

It reminded me of her, her scarf made of the same cotton. But this cloth lacked that particular smell of her scarf the odour of Indigo.

If things were different this cloth would have been long gone.

It would have been transformed in dyes of different colours, cut and sown and then sold.

I would not be sitting here recalling this particular experience.

Regina always wore gloves, each time she dyed the meters of cotton or brocade.

She dipped the cloth in the hot mixture and I would stand there and watched the cloth’s gradual change in colour.

Her gloves would get darker and darker from blue to black layered by every immersions.

Just touching this cotton opens this strory buried in the folds of my brain.

I can almost feel the caress of her hands on the cloth and smell the odour of the dye finding a home in every weave.

I can nearly carress her hands with a burning desire to wear her gloves contained with Tangible Memories.

 

 

J’ai touché ce tissu des milliers de fois, le doux et rêche s’entrelacent dans chaque fils maille.

Je pouvais seulement me souvenir de cette texture en la touchant ici et maintenant tout en sachant que la couleur que je choisirai révèlera la texture brillante et granuleuse.

L’année passée dans la cantine de Regina, ma mère, j’ai découvert un tissu en coton fait main, oublié depuis plus de 18 années. Cela me rappelait à son souvenir, son écharpe, faite de la même étoffe.

Mais à ce tissu il manquait l’odeur particulière de son écharpe, l’odeur de l’Indigo.

Si les choses avaient été différentes, ce tissu aurait appartenu au passé. Il aurait été transformé en différentes teintes, il aurait été coupé, cousu et puis vendu. Je ne serait pas assise ici en me souvenant de ces expériences si particulières.

Regina portait toujours des gants, chaque fois qu’elle teintait des mètres et des mètres d’étoffe, elle trempait le tissu dans une mixture bouillante et je restai là en attendant à côté pour observer le changement graduel de couleur.

A chaque immersion, ses gants devenaient de plus en plus sombres, passant du bleu au noir.

Juste toucher ce coton ouvre l’Histoire enfouie dans les de interstices mon cerveau.

Je peux presque sentir la caresse de ses mains sur le tissu et sentir l’odeur de la teinture à la recherche d’une maison dans chaque maille.

J’arrive presque à caresser ses mains avec un désir brûlant de porter ses gants qui contiennent les Mémoires Tangibles.

INDIGO

 

 

 

How could something so simple wake up old memories sunken so deep, recalling times that have passed so fast.

But here I am back in the present, recapturing the edited sequences from a long forgotten roll-film.

All of a sudden it makes sense, everything seems to falls into place.

In another space and time all elements come together.

The smell, heat and sound trigger a certain sensation once experienced.

And then, I found You, « INDIGO »

 

Comment est-ce que quelque chose d’aussi simple peut faire ressurgir des mémoires si profondément enfouies qui rappelle le temps passé si rapidement.

Mais, moi je me trouve de retour au présent, rassemblant les séquences éditées d’une pellicule de film oubliée.

Tout à coup cela fait sens, tout semble reprendre sa place.

Dans autre espace-temps tous les éléments s’emboîtent.

L’odeur, la chaleur et le son créent une décharge d’une sensation certaine d’expérience vécue.

Et alors, je T’ai trouvé « INDIGO » ».

 


Otobong Nkanga a commencé ses études à Obafemi Awolowo University à Ile- Ife, Nigeria qu’elle a poursuivi à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris, France. Elle a fait partie du programme de résidence à la Rijksakademie van beeldende kunsten en 2003 – 04 à Amsterdam, Pays-Bas, et en 2008 a obtenu le Masters in the Performing Arts à Dasarts, Amsterdam, Pays-Bas. Otobong Nkanga a exposé dans quantité d’expositions internationales, comme les biennales de Sharjah, Taipei, Dakar, São Paulo ou de La Havane. Ses récentes expositions comprennent : »Object Atlas, Fieldwork in the Museum », Weltkulturen Museum, Francfort, 2012. « The Altered Landscape, Photographs of a changing Environment », Nevada Museum of Art, Reno, Nevada, USA, [2011]. « MarklinWorld ». Kunsthalle KAdE Amersfoort, Amersfoort, Pays-Bas [2011]. « The Collectors Show” part of “VANUIT HIER-OUT OF HERE », Van Abbemuseum, Eindhoven, Pays-Bas, [2011]. « L’inattendu du Tout Monde » Un hommage à Goddy Leye ». L’appartement22, Rabat, invité par Art-O-Rama, Marseille, France. [2011] « All we ever wanted », Center of Contemporary Arts, Lagos, Nigéria. [2011]. « Outre Mesures et Programmes radio (Maps, timelines, radio programmes) », Centre d’Art La Galerie, Noisy-le-Sec, France. [2011] « Faites commes chez vous », Raw Material Company – A center for art, Knowledge and society. Dakar, Senegal. [2011] Aussi : “Animism”, Extra City Kunsthal et M HKA Museun van Hedendaagse Kunst, Anvers, Belgique,(2010). “Diagonal Views, Nieuwe Vide”, Haarlem, Pays-Bas, [2009]. “Re/presentaciones : ellas”, Casa Africa, Las Palmas Gran Canaries, [2008]. “Flow”. Studio Museum Harlem, New York [2008]. “Snap judgments : New Positions in Contemporary African Photography. Toured from 2005 – 2008. “Africa Remix”, exposition itinérante de 2004 – 2007

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Cécile Bourne Farrell | 10 Camden Square NW1 9UY London | T. 07949959726 | cecile.bourne@orange.fr