Francesc Ruiz, Wassim
Mustapha Akrim
Grace Ndiritu
Grace Ndiritu
—2014.05.30

Sous nos Yeux, d’autres Cartographies du Rif

Après les deux premières versions de cette exposition présentées à la Kunsthalle de Mulhouse, en France, la troisième est montrée au Macba sous le titre « Before Our Eyes. Other Cartographies of the Rif », qui montre des œuvres produites pour la plupart au cours de différentes étapes conduites par L’appartement 22 depuis 2007 dans le Rif. Les quatorze artistes ont ainsi établit un dialogue spécifique qui a contribué à apporter différents niveaux d’échelle et de significations selon les projets menés.

« Sous nos yeux » explore le vocabulaire artistique d’un groupe d’artistes identifiés par le curateur Abdellah Karroum comme celui de la ’Génération 00’. Il utilise cette terminologie pour se référer aux artistes du Maroc qui partagent une approche commune en rupture avec une certaine linéarité de l’Histoire de l’art locale, invitant les artistes dans le contexte immédiat dans lequel ils se trouvent afin de les placer au cœur de problématiques citoyennes selon des principes d’équités universels. En s’engageant dans cette recherche de disposition culturelle et mentales, les artistes ont envisagé des projets qui prennent une dimension qui va au-delà de leurs frontières. Encore aujourd’hui, il y a une véritable méconnaissance de cette région du Maroc et du rôle respectif de la France et de l’Espagne dans ces Montagnes du Rif, haut lieu de résistances que je résume ici. Entre 1912 et 1956, le Rif fit partie du protectorat espagnol du nord du Maroc et entre 1923 et 26 la République confédérée des Tribus du Rif fut proclamée par Abdelkrim al-Khattabi dont l’artiste Yto Barrada a photographié en 2010 les vestiges de sa maison dans le Rif. Face à l’intransigeance des Français et des Espagnols, Abdelkrim al-Khattabi est contraint à la reddition et est exilé à la Réunion pendant 20 ans. (Autorisé à se rendre en France d’où il parviendra à s’échapper et à rejoindre Le Caire, où il meurt en 1963). En 1958, 30 000 soldats marocains, avec à leur tête le futur Hassan II, alors chef d’état-major des Forces armées, répriment un soulèvement au Rif (près de 3 000 morts). La région se retrouvera de fait exclue de la vie politique marocaine durant tout le règne de Hassan II. Un second soulèvement se produisit dans la région en 1984 et causa, des dizaines de morts et des emprisonnements à de lourdes peines, qui pèse encore dans la conscience collective. Ce qui est intéressant dans ce projet c’est l’intention et le choix d’artistes pas forcément autochtones. En effet, il ne s’agit ni d’illustrer un pays ou un territoire, mais le défi de restituer des expériences, qui ont pu se dérouler dans un autre espace-temps, et de les présenter dans celui de l’espace blanc du musée, ce qui change aussi parfois les oeuvres, en leur donnant un autre statut, celui de l’institution qui a ouvert les bras à ce projet pertinent. Tout d’abord, les travaux d’Oriol Vilanova ou de Shezad Dawood, renvoient à un certain imaginaire et à l’Histoire en rendant hommage à certain de ses acteurs qui l’ont aussi ponctuellement façonnée, comme Brion Gysin qui a fait partie de la Beat Generation ou en illustrant l’Histoire en la colorant ! L’artiste catalan a fait peindre l’entrée de l’exposition d’une couleur ocre qui évoque aussi un certain regard exotique sur cette région qui n’est pas sans critiquer ses contemporains et rend aussi le spectateur face à sa capacité de marchander son droit d’entrée. On a ainsi des oeuvres qui renvoient à la notion d’archive et de mémoire, comme Patricia Esquivias>, Grace Nditritu, Yto Barrada ou Francesc Ruiz tandis que Younès Rahmoun, Badr El Hammami comme Gariella Ciancimino proposent des dispositifs qui sont plus de l’ordre de la réactivation. Les commissaires adjoints (Abdellah Karroum et Soledad Gutiérrez) évoquent aussi parfois l’impossibilité d’agir et donc de montrer le défilement du temps et de penser que l’espace même de l’exposition est aussi celui de montrer “ce qui est devant nous”, comme dans le travail de Ninar Esber ou de Mohamed Larbi Rahali. La majorité des oeuvres ici ont été conçues dans un esprit de collaboration, que ce soit Younes Rahmoun avec une coopérative de femmes locales, Badr El Hammami avec l’école de son enfance ou Francesc Ruiz dans le cadre d’un atelier de comics. Elles ont souvent été conçues lors d’expéditions, dont la terminologie rappelle une certaine idée d’exploration –chère aux colonisateurs- le Rif se voit transformé par les collaborations artistiques qui essayent de rompre avec une construction du temps seulement chronologique, en accordant une valeur particulière à la tradition orale et à la valeur du travail de l’artiste dans la société. Certaines tentatives d’emprunts aux méthodologies de présentation ethnographique dans l’exposition manquent d’ancrage et de cohérence par rapport au sujet proposé, que ce soit les morceaux d’obus transformés ou la présentation de l’installation de Camille Henrot dont le formalisme démontre un certain opportunisme curatorial qui dessert le propos, qui, par ailleurs nécessiterait aussi d’être précisé. En effet, le Rif dans tout cela ? Comment est-ce que ce projet offre la possibilité de négocier sa contemporanéité au regard du passé si on ne le cite pas non plus ? Cette exposition autour de cette région du monde est une première en Occident, on aurait aimé qu’elle déplace plus largement les acquis, mais pour cela il aurait aussi fallu peut-être en donner plus de clés de lectures ? Cette exposition présentait par ailleurs des oeuvres à retenir pour leur capacité à articuler et à émanciper le propos, en le dépassant. Je dirais que ce sont celles de Mustapha Akrim qui symbolisent la libéralisation du pays par la représentation de la modernité, de Francesc Ruiz qui détourne habilement l’iconographie vernaculaire des bandes dessinées ou encore de Grace Ndiritu qui développe l’idée universelle de savoirs transmutés vers d’autres explorations -celles de soit-même- qui que l’on soit, où qu’on puisse être au monde. Une leçon de vie qui va bien au-delà des montagnes du Rif si elle est transmise à bon port, nourrie d’expériences réelles et incarnées par une connaissance généreuse envers ses publics. C’est certainement ce que la publication nous apportera à l’automne 2014.

Cécile Bourne-Farrell, Londres, mai 2014

Plus d’information sur l’exposition : www.macba.cat

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