—1998.04.17

[:en]You Talk/I Listen[:fr]Tu parles/ J’écoute[:]

[:en]« You Talk/I Listen » is an exhibition that brings together artists among whom ten live in Taiwan and ten in Europe. It is being shown in two countries, at the Taipei Fine Arts Museum (TFAM), Taiwan, from January to April 1998 and at La Ferme du Buisson in Noisiel, near Paris, France, from November 1998 to January 1999. It is not meant to be a retrospective, a thematic show, or a comprehensive survey of current art practices in our two countries.

A sense of community has been emerging from shared living situations and exchanges between artists in residence at each location for several weeks before each show. As in Taipei, a subjective inventory of mostly autobiographical approaches reflecting environmental or social concerns will be distributed across two distinct spaces, one professionally equipped for art exhibitions and another less formal, multi-use space approximating studio conditions, like the Taipei Children’s Recreational Art Center or the Great Hall at la Ferme du Buisson which will reopen in November for the first time after extensive renovations. On both sites, a face-to-face of art with architecture will redefine a space that reveals connections established by the artists. Is there a world that excludes correspondences? Many modes of communication that transcend the material sphere are promoted in various countries around the world. Among them, visual signs elude geopolitical limitations and allow for new meaningful interactive frameworks to develop. Beyond the specifics of each civilisation, differences between North and South, East and West are subsiding, as artists respond to a flow of stimuli generated by the same media and advertising culture. Meanwhile, those nurtured by different cultural traditions and spurred at the same time by these newly evolving processes, tend to explore further domains, to appropriate new channels or virtual spaces and to set up unforeseen links through an intensified exchange of ideas. No technical advances can take place if they are not sustained by individual people and their culture at large. All signs amount to the circulation of highlighted or imagined phenomena. We are increasingly aware of living in the universe rather than in different countries. This momentum toward universality gives us insight into the future: what is being circulated is also recovered; the fate of our world and, ultimately, the fate of the cosmos itself depends on these cultural reverberations. According to this pattern, local and global concerns merge and we wish to thank all those who contribute to such far reaching developments

Chantal Cusin-Berche

Directrice du Centre d’Art Contemporain


INTRODUCTION

« Multilogue »

La présente exposition « Tu parles/ J’écoute » fait suite à une manifestation organisée à Paris durant l’été 1995. La présentation originale comprenait 28 artistes de 14 nationalités différentes qui ont installé des travaux in situ dans deux lieux différents. Comme l’implique l’expression « Tu parles/J’écoute », le but de cette initiative était d’encourager les discussions entre les artistes invités et le public dans deux espaces opposés. En fonction de cette infrastructure flexible, le processus de sélection s’est déroulé sans privilégier une expression plutôt qu’une autre. Néanmoins, loin de montrer des oeuvres faisant appel à tous les médias envisageables, il s’agissait avant tout de créer un rapport de synergie entre les participants pour concevoir leurs travaux en fonction des deux sites de l’exposition plutôt que d’une thématique générale arbitraire. Leurs propositions ont été évaluées en collaboration avec le TFAM pour déterminer dans quelle mesure elles étaient susceptibles d’apporter des questions et confrontations significatives dans le contexte spécifique de Taïwan, centre d’innovation technologique de rayonnement mondial et lieu d’innombrables modalités d’échange culturel.

Pour la première fois dans l’histoire des relations culturelles entre Taïwan et l’Europe, cette exposition a permis d’offrir à un vaste public (1) l’occasion de voir des oeuvres conçues à la fois par des artistes orientaux et occidentaux, réalisées en 20 jours pour deux lieux spécifiques dans la ville de Taipei. Par souci de réciprocité, une exposition miroir aura lieu au Centre d’art de La Ferme du Buisson, Noisiel, à une demi-heure du centre de Paris du 17 novembre 1988 au 31 janvier 1999. Le lancement de ce projet à Taïpei était un défi tant pour les artistes que pour les organisateurs, les partenaires institutionnels et privés. Qu’ils soient tous ici chaleureusement remerciés pour rendre possible cet événement.

« Tu parles/J’écoute » à Taipei rassemblait vingt artistes contemporains dont 10 vivent à Taïwan et 10 en Europe et qui sont tous pleinement conscients de travailler dans un contexte global en rapide évolution. L’étendue du champ conceptuel commun permettait d’apprécier la diversité de leurs démarches artistiques sous les formes les plus variées : dessin, écriture, photographie, film, vidéo, nouveaux médias, sculpture, installation etc…

L’exposition « Tu parles/J’écoute » naît de la diversité des vies et des expériences artistiques de chacun, si bien qu’on ne saurait la définir par un simple nom : aucun concept ne pourrait en résumer l’essence. Aucune catégorie ne suffirait à l’englober. L’adoption de cette locution ouvre ainsi des orientations multiples en écartant tout concept monolithique. « Tu parles/J’écoute » est un titre ouvert qui recouvre une vaste gamme de questions et de structures linguistiques. Il s’applique au delà des frontières, au-delà des barrières culturelles et, en fin de compte, au delà de la durée limitée de l’exposition.

1

A une époque où les mesures protectionnistes et les poussées nationalistes se multiplient tant en Europe qu’en Asie, alors que des liens commerciaux et des échanges culturels souvent stéréotypés se développent, tout ce que l’Occident définit par le mot civilisation semble s’effondrer dans une sorte de vide rapidement compensé par un tourbillon de consommation. Si l’Occident monopolise la production et la diffusion de l’art depuis longtemps, nous sommes amenés à reconsidérer et à réévaluer cette équation face à la globalisation, autrement dit face à la notion de « global village ». Il s’agit désormais d’envisager et de mettre en oeuvre d’autres modes de pensée pour rendre compte des décalages et contradictions issues de différentes expériences individuelles de la réalité. « Tu parles/J’écoute » est fondée sur la notion d’échange où les oppositions qui y ont font surface, loin d’être ignorées ont ainsi contribué à son dynamisme..

L’Asie fascine les esprits occidentaux depuis les temps les plus anciens. Pourtant cette fascination repose souvent sur des identités culturelles stéréotypées et plus on les définit en termes étroits, plus il est facile d’en assurer la promotion. Cependant, la situation de cette île ne saurait être comprise en termes aussi restrictifs. Depuis la fin de la période coloniale, Taïwan n’a été reconnue que par 28 pays. Pourtant les Taïwanais ont réussi à construire leurs propres réseaux d’échange et ce, plus intensivement encore, depuis la vague de prospérité économique des années 1960. Toutefois, depuis la fin des années 1980 et surtout depuis la récente levée du régime militaire (2), Taïwan a ouvert ses frontières à un flux toujours plus intense de communication et d’interaction à l’échelle globale. Entre-temps, les Taïwanais s’adaptent à ces progrès rapides à leur propre rythme, mais restent divisés entre ceux qui remettent en question leur situation géopolitique et ceux qui sont résignés à l’ignorer.

Pour les générations qui ont grandi immédiatement après la seconde guerre mondiale en Europe et pour celles des années 1960 à Taïwan, les notions d’expansion et de concurrence étaient fondamentales en dépit d’une certaine conscience sociale. Par contraste, le rassemblement hautement diversifié d’artistes que nous avons présenté ici est inspiré par le désir d’arriver à une communauté d’idées mondiale « multilogue » et s’engage à mettre ce désir en pratique. Leur travail est voué à l’exploration et au dialogue ; il ne propose ou n’illustre aucune théorie ; c’est un corps vivant plutôt qu’une cristallisation immobile. En renouant des liens, au delà des récentes générations, avec quelques uns de leurs lointains prédécesseurs, ces artistes ouvrent un nouveau cycle du « donner » et du « recevoir ».

2

Le but de cette exposition n’était pas de présenter une manifestation prédéterminée et prête-à-accrocher, mais d’encourager les artistes à approfondir leur démarche personnelle face à une situation post-coloniale en pleine évolution. Au cours du processus d’élaboration, tout à été mis en oeuvre pour leur laisser carte blanche, quelle que soit la diversité de leur approche dans le contexte général de l’art contemporain.

Après plusieurs aller-et-retours entre l’Europe et Taïwan j’ai pris de plus en plus conscience de différences et de similitudes qui m’ont amené à sélectionner des artistes susceptibles d’en rendre compte dans leur travail. J’ai donné la préférence aux projets qui puissent être appréciés aussi bien par les visiteurs du Musée des Beaux-arts de Taipei (Taipei Fine Arts Museum, TFAM) ou du Centre récréatif pour l’enfance de Taipei (Taipei Children Recreational Center, TCRC) que par ceux du Centre d’Art de La ferme du Buisson. Loin de reposer sur des soucis régionalistes ou nationalistes, mes choix ont été guidés par le désir d’encourager l’exploration des modalités de la globalisation, autrement dit, de l’occidentalisation pour en mesurer les conséquences paradoxales. Ce travail de recherche porte sur un phénomène de société dont les caractéristiques apparentes se résument à une sensation de rapprochement et d’éloignement simultané.

Le titre de l’exposition « Tu parles/J’écoute » est inspirée de l’image du lapin et du canard, emprunté à Wittgenstein par Ernst Gombrich (3) : « On peut voir cette image comme étant soit un lapin soit un canard. Il est facile de découvrir ces deux lectures. Il est néanmoins plus difficile de décrire ce qui se passe lorsqu’on permute une interprétation avec une autre… » En d’autres termes, l’ambivalence de cette image apparaissait comme emblématique de la situation actuelle avec ses décalages culturels et linguistiques intrinsèques. Rares étaient les images qui puissent avoir le même sens à Taïwan et en France. De fait, on les lira sans doute de façon toute différente dans les deux lieux.

Cette double image, comme un agent « réactif », continue d’engendrer de nouvelles significations à travers l’espace et au fil du temps, en provoquant des associations inattendues. Dans le cadre de cette exposition les échanges ont eu lieu à un stade où les distances, le temps et l’espace disparaissent pour un instant. Cependant la notion de continuité spatio-temporelle varie sensiblement en fonction de l’environnement socioculturel. Ici on présentait des oeuvres simultanément dans une même ville mais dans deux lieux différents. Les oeuvres se reflétaient mutuellement de façon synchrone car le réseau d’échange comprenait non seulement des artistes d’origines les plus diverses mais aussi un public à la fois asiatique et européen.

3

Un dialogue actif est né de cette expérience collective et ne cesse de rebondir en cycles infinis sur notre mémoire collective. En nous donnant une plate-forme d’échanges, ce dialogue a fructifié par delà la reconnaissance passive de nos différences, il nous a appris à mieux écouter l’autre tant en nous qu’à l’extérieur de nous. Et ici, il semble que « le terme d’écoute soit préférable à celui de communication parce qu’il évoque le creusement d’un vide plutôt que l’emplissage d’un canal, parce qu’il indique l’attention aux demandes et aux propositions plutôt que l’offre d’information et la juxtaposition de discours. »(4)

Selon le principe inscrit dans le titre de l’exposition, avec son emblème ambivalent du canard et du lapin, on a demandé à chaque artiste de participer sous forme de deux oeuvres qui puissent être comprises ensemble tout en étant exposées dans des lieux différents. C’est pourquoi il semblait indispensable de trouver, en plus du lieu de référence coutumier qu’est le musée, un espace approprié sans rapport direct avec les institutions artistiques, afin d’offrir au public un regard complémentaire et approfondi sur les travaux présentés. Les 800m2 de l’Atelier des enfants au Centre récréatif pour l’enfance de Taipei (TCRC) en face du TFAM, se sont avérés comme le choix idéal dans cette perspective. D’autre part, les 2000m2 des trois salles du TFAM nous ont offert un lieu d’exposition adapté aux oeuvres d’échelle plus ambitieuse.

Ainsi on pouvait voir le travail d’un même artiste dans différents contextes en l’espace de quelques minutes. Le parcours d’un lieu à l’autre favorisait la réflexion sur les oeuvres en donnant aux spectateurs l’occasion de prendre la distance nécessaire. Ce mode de présentation simultané a aussi donné lieu à des rencontres inattendues entre les visiteurs de l’exposition autour des pièces, ce qui en multipliait les possibilités d’interprétation. Les artistes présents ont tous démontré leur volonté d’engager un dialogue avec le public en restant à l’écart des catégories et des cloisonnements spatio-temporels.

On a du procéder à de nombreux ajustements pour assurer la lisibilité des travaux. Les espaces en sous-sol du TFAM étaient baignés de lumière naturelle grâce au patio bordant un côté de la première salle. Cette configuration spatiale exigeait de certaines oeuvres qu’elles soient suffisamment transparentes pour ne pas éclipser les pièces situées plus loin à l’intérieur des salles. La salle ensoleillée au dernier étage du TCRC présentait encore d’autres enjeux : l’espace quelque peu restreint exigeait qu’on se préoccupe sérieusement des questions de circulation tandis qu’il fallait aussi tenir compte du jeune public auquel cet espace était familier. D’autre part, dans toutes les salles, on a du ajuster l’équilibre des pièces à composantes sonores pour qu’elles puissent affirmer leur présence individuelle tout en contribuant à un rythme général en perpétuelle transformation.

4

Il fallait que chaque contribution puisse poser des questions spécifiques tout en restant compatible avec les autres. Dans la plupart des cas, les oeuvres exploraient leur territoire propre sans empiéter sur les autres. Ces paramètres ont été évoqués à de nombreuses reprises à l’occasion des multiples consultations qui ont eu lieu entre artistes, commissaire et personnel du musée, au cours des mois précédant l’exposition et jusqu’à la dernière minute avant l’inauguration. On a organisé des rencontres, évoqué les problèmes qui se posaient à chaque tournant. On a proposé des solutions et pris des décisions dans un état d’esprit où l’écoute cédait invariablement le pas aux déclamations ; et ce, à tel point qu’on peut envisager l’exposition, comme un laboratoire où chaque décision d’un artiste était susceptible de se répercuter sur un autre, où le regard du spectateur était l’élément catalyseur. Parmi les 20 artistes sélectionnés on pouvait ainsi distinguer 3 types d’approche différents.

Les premiers semblaient s’intéresser avant tout à la notion d’identité culturelle au delà des définitions nationalistes. Cela frappait d’abord dans les travaux de Hsueh O-Wei et de Shun Chu Chen qui tous deux ont fait appel à des métaphores pour dénoncer l’absurdité des contraintes géopolitiques. Entre-temps, Jui Chung Yao et Seamus Farrell ont projeté un regard sardonique sur l’histoire en évoquant le dilemme de la propagande entre la Chine continentale et Taïwan. D’autre part, Ben Yu a montré une documentation photographique hautement réaliste des paradoxes culturels à Taïwan, tandis que Jeong-A Koo et Ming-Tse Lee ont tous deux entrepris de décoder la notion de « global village » à travers un processus de fragmentation délibéré.

Le second groupe tendait à considérer les modes de production actuels dans les secteurs en pleine expansion comme les services ainsi que les phénomènes de consommation de masse. Ainsi, Jun-Jieh Wang crée une agence de voyages fictive tandis que Fabrice Hybert fondateur de sa propre entreprise de production présentait un ensemble de dessins ainsi qu’un prototype. Les deux entités invitaient à la consultation et présentaient des prototypes mis à la disposition du public. Jean-Luc Moulène a eu recours à une compagnie multinationale existante en détournant les stratégies de promotion publicitaires. Michael Ming Hong Lin et Huang-Chen Tang se sont préoccupés d’autres aspects de l’envahissement de la technologie, le premier en représentant l’environnement visuel et sonore du musée, le second en détournant l’usage quotidien que nous faisons de simples appareils de communication. Hinrich Sachs a évoqué la globalisation des structures d’information à travers des procédés graphiques et des débats en temps réel. Valérie Jouve a réinterprété les familiers faces-à-face des instantanés photographiques en exposant des situations complexes de faces-à-dos dans un contexte urbain. Eric Hattan a exploré un autre niveau de langage dans des renversements d’échelle qui oscillent entre le voyeurisme et l’illusionnisme. Les pièces de Te-Yu Wang renvoyaient aussi à un processus de retournement en invitant le public à reconsidérer sa perception des autres à travers le dialogue.

5

Le troisième groupe d’artistes s’en tenait essentiellement à des introspections personnelles dans un contexte universel. Hsia-Fei Chang nous faisait partager ses habitudes de vie divisées entre Taïwan et la France. Thomas Baumann évoquait plutôt la notion de temps comme composante essentielle de notre vie quotidienne. En nous faisant entendre les sons de nouveaux-nés dans son environnement familial, Malachi Farrell faisait allusion aux meurtres d’innombrables bébés de sexe féminin en Chine continentale. Anne-Marie Schneider, pour sa part, ajoutait une perspective littéraire à son expérience de la réalité.

Puisque cette exposition est fondée sur la notion d’échange, je propose une lecture guidée des 40 pièces produite et exposées à Taïwan. Le commentaire qui suit a pour but de documenter certaines associations mentales et certains liens entre les oeuvres et leur contexte, dont les spectateurs ont pu faire l’expérience au cours de leur visite de « Tu parles/J’écoute » à Taïpei. Les expositions collectives d’art contemporain rassemblent généralement de nombreuses installations réalisées avec les matériaux les plus divers pour une période limitée, mais avant l’ouverture de l’exposition « Tu parles/J’écoute » à Taipei les artistes ne disposaient que d’un maximum de 20 jours pour achever deux installations. De ce fait, les oeuvres présentées avaient toutes une fraîcheur et une immédiateté qui invitait le visiteur à participer.

« Tu parles/J’écoute » est déjà plus qu’une exposition. C’est un projet en cours, un cycle ouvert de manifestations dont le prochain épisode aura lieu à La ferme du Buisson aux abords immédiats de Paris. A cette occasion on présentera de nouvelles propositions, complétant ainsi une nouvelle boucle du circuit, ce qui permettra l’ouverture d’un nouveau « laboratoire global ». D’autre part, une programmation de films de réalisateurs Taïwanais est également envisagée, en parallèle à l’exposition. On laissera la place aux questions et aux réponses, à la compréhension et au désaccord, à la réflexion et à la contemplation, mais tous les artistes y trouveront l’occasion d’élaborer une synergie entre eux-mêmes et le public, un espace ouvert et un lieu d’où ils pourront apporter leur don au monde.

Cécile Bourne-Farrell

[:fr]L’exposition ’Tu parles/ J’écoute’ associe la présence de 10 artistes vivant à Taiwan et de 10 vivant en Europe. Elle est présentée dans 2 pays, au Taipei Fine Arts Museum (TFAM) de janvier à avril 1998, à la Ferme du Buisson à Noisiel (près de Paris) de novembre 1998 à janvier 1999. Cette manifestation n’a pas vocation à être une rétrospective, ni une exposition thématique, ni un constat de l’actualité artistique de chacun de nos 2 pays.

L’esprit du collectif se construit dans l’existence partagée et l’échange de la présence des artistes en résidence sur chaque site plusieurs semaines avant le vernissage de l’exposition. Comme au musée de Taipei, cet inventaire subjectif de dispositifs souvent autobiographiques, reflet de réalités sociales et géopolitiques, se décline sur 2 lieux, l’un aménagé professionnellement pour la mise en place d’expositions, l’autre plus polyvalent, moins équipé, plus proche de l’atelier de travail, comme le pavillon des enfants (Taipei Children Recreational Center, TCRC) et la Grande Halle de la Ferme du Buisson, espace investi pour la première fois depuis sa récente rénovation. Le face à face de l’art et de l’architecture restitue une identité que les artistes divulguent en établissant des connexions.

Existe-t-il un monde sans correspondance ?

Dans les différents enjeux et initiatives qui se développent dans divers pays pour transcender le monde matériel, l’empire des signes plastiques permet de dépasser les limites du cadre géopolitique pour rendre possible de nouvelles circulations logicielles. Malgré la particularité de chaque civilisation, les différences entre le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest s’effacent, les artistes captent des influences similaires qui viennent de la même culture fortement imprégnée des médias et de la publicité.

Nourris par différents contextes, enrichis de ces nouveaux processus évolutifs, les artistes envahissent plus loin les territoires, s’approprient de nouveaux canaux d’espaces virtuels, ils réussissent à établir de nouvelles liaisons grâce a cet échange d’idées.

Aucune technique ne peut se développer sans être relayée par l’environnement humain et culturel des individus. Tous les signes se réduisent à la circulation de ce que l’on place en Lumière ou en Image.

Nous habitons de plus en plus un univers et non différents pays. Cette nécessité d’universalité permet de percevoir le sens de l’avenir -on retrouve ce qui se diffuse, le destin du monde, l’universel sans exception dépend de ces échos.

Dans cette situation le local et le global se retrouvent, que soient remerciés tous ceux qui permettent d’enrichir le grand voyage de ces déplacements.

Chantal Cusin-Berche

Directrice du Centre d’Art Contemporain


INTRODUCTION

« Multilogue »

La présente exposition « Tu parles/ J’écoute » fait suite à une manifestation organisée à Paris durant l’été 1995. La présentation originale comprenait 28 artistes de 14 nationalités différentes qui ont installé des travaux in situ dans deux lieux différents. Comme l’implique l’expression « Tu parles/J’écoute », le but de cette initiative était d’encourager les discussions entre les artistes invités et le public dans deux espaces opposés. En fonction de cette infrastructure flexible, le processus de sélection s’est déroulé sans privilégier une expression plutôt qu’une autre. Néanmoins, loin de montrer des oeuvres faisant appel à tous les médias envisageables, il s’agissait avant tout de créer un rapport de synergie entre les participants pour concevoir leurs travaux en fonction des deux sites de l’exposition plutôt que d’une thématique générale arbitraire. Leurs propositions ont été évaluées en collaboration avec le TFAM pour déterminer dans quelle mesure elles étaient susceptibles d’apporter des questions et confrontations significatives dans le contexte spécifique de Taïwan, centre d’innovation technologique de rayonnement mondial et lieu d’innombrables modalités d’échange culturel.

Pour la première fois dans l’histoire des relations culturelles entre Taïwan et l’Europe, cette exposition a permis d’offrir à un vaste public (1) l’occasion de voir des oeuvres conçues à la fois par des artistes orientaux et occidentaux, réalisées en 20 jours pour deux lieux spécifiques dans la ville de Taipei. Par souci de réciprocité, une exposition miroir aura lieu au Centre d’art de La Ferme du Buisson, Noisiel, à une demi-heure du centre de Paris du 17 novembre 1988 au 31 janvier 1999. Le lancement de ce projet à Taïpei était un défi tant pour les artistes que pour les organisateurs, les partenaires institutionnels et privés. Qu’ils soient tous ici chaleureusement remerciés pour rendre possible cet événement.

« Tu parles/J’écoute » à Taipei rassemblait vingt artistes contemporains dont 10 vivent à Taïwan et 10 en Europe et qui sont tous pleinement conscients de travailler dans un contexte global en rapide évolution. L’étendue du champ conceptuel commun permettait d’apprécier la diversité de leurs démarches artistiques sous les formes les plus variées : dessin, écriture, photographie, film, vidéo, nouveaux médias, sculpture, installation etc…

L’exposition « Tu parles/J’écoute » naît de la diversité des vies et des expériences artistiques de chacun, si bien qu’on ne saurait la définir par un simple nom : aucun concept ne pourrait en résumer l’essence. Aucune catégorie ne suffirait à l’englober. L’adoption de cette locution ouvre ainsi des orientations multiples en écartant tout concept monolithique. « Tu parles/J’écoute » est un titre ouvert qui recouvre une vaste gamme de questions et de structures linguistiques. Il s’applique au delà des frontières, au-delà des barrières culturelles et, en fin de compte, au delà de la durée limitée de l’exposition.

1

A une époque où les mesures protectionnistes et les poussées nationalistes se multiplient tant en Europe qu’en Asie, alors que des liens commerciaux et des échanges culturels souvent stéréotypés se développent, tout ce que l’Occident définit par le mot civilisation semble s’effondrer dans une sorte de vide rapidement compensé par un tourbillon de consommation. Si l’Occident monopolise la production et la diffusion de l’art depuis longtemps, nous sommes amenés à reconsidérer et à réévaluer cette équation face à la globalisation, autrement dit face à la notion de « global village ». Il s’agit désormais d’envisager et de mettre en oeuvre d’autres modes de pensée pour rendre compte des décalages et contradictions issues de différentes expériences individuelles de la réalité. « Tu parles/J’écoute » est fondée sur la notion d’échange où les oppositions qui y ont font surface, loin d’être ignorées ont ainsi contribué à son dynamisme..

L’Asie fascine les esprits occidentaux depuis les temps les plus anciens. Pourtant cette fascination repose souvent sur des identités culturelles stéréotypées et plus on les définit en termes étroits, plus il est facile d’en assurer la promotion. Cependant, la situation de cette île ne saurait être comprise en termes aussi restrictifs. Depuis la fin de la période coloniale, Taïwan n’a été reconnue que par 28 pays. Pourtant les Taïwanais ont réussi à construire leurs propres réseaux d’échange et ce, plus intensivement encore, depuis la vague de prospérité économique des années 1960. Toutefois, depuis la fin des années 1980 et surtout depuis la récente levée du régime militaire (2), Taïwan a ouvert ses frontières à un flux toujours plus intense de communication et d’interaction à l’échelle globale. Entre-temps, les Taïwanais s’adaptent à ces progrès rapides à leur propre rythme, mais restent divisés entre ceux qui remettent en question leur situation géopolitique et ceux qui sont résignés à l’ignorer.

Pour les générations qui ont grandi immédiatement après la seconde guerre mondiale en Europe et pour celles des années 1960 à Taïwan, les notions d’expansion et de concurrence étaient fondamentales en dépit d’une certaine conscience sociale. Par contraste, le rassemblement hautement diversifié d’artistes que nous avons présenté ici est inspiré par le désir d’arriver à une communauté d’idées mondiale « multilogue » et s’engage à mettre ce désir en pratique. Leur travail est voué à l’exploration et au dialogue ; il ne propose ou n’illustre aucune théorie ; c’est un corps vivant plutôt qu’une cristallisation immobile. En renouant des liens, au delà des récentes générations, avec quelques uns de leurs lointains prédécesseurs, ces artistes ouvrent un nouveau cycle du « donner » et du « recevoir ».

2

Le but de cette exposition n’était pas de présenter une manifestation prédéterminée et prête-à-accrocher, mais d’encourager les artistes à approfondir leur démarche personnelle face à une situation post-coloniale en pleine évolution. Au cours du processus d’élaboration, tout à été mis en oeuvre pour leur laisser carte blanche, quelle que soit la diversité de leur approche dans le contexte général de l’art contemporain.

Après plusieurs aller-et-retours entre l’Europe et Taïwan j’ai pris de plus en plus conscience de différences et de similitudes qui m’ont amené à sélectionner des artistes susceptibles d’en rendre compte dans leur travail. J’ai donné la préférence aux projets qui puissent être appréciés aussi bien par les visiteurs du Musée des Beaux-arts de Taipei (Taipei Fine Arts Museum, TFAM) ou du Centre récréatif pour l’enfance de Taipei (Taipei Children Recreational Center, TCRC) que par ceux du Centre d’Art de La ferme du Buisson. Loin de reposer sur des soucis régionalistes ou nationalistes, mes choix ont été guidés par le désir d’encourager l’exploration des modalités de la globalisation, autrement dit, de l’occidentalisation pour en mesurer les conséquences paradoxales. Ce travail de recherche porte sur un phénomène de société dont les caractéristiques apparentes se résument à une sensation de rapprochement et d’éloignement simultané.

Le titre de l’exposition « Tu parles/J’écoute » est inspirée de l’image du lapin et du canard, emprunté à Wittgenstein par Ernst Gombrich (3) : « On peut voir cette image comme étant soit un lapin soit un canard. Il est facile de découvrir ces deux lectures. Il est néanmoins plus difficile de décrire ce qui se passe lorsqu’on permute une interprétation avec une autre… » En d’autres termes, l’ambivalence de cette image apparaissait comme emblématique de la situation actuelle avec ses décalages culturels et linguistiques intrinsèques. Rares étaient les images qui puissent avoir le même sens à Taïwan et en France. De fait, on les lira sans doute de façon toute différente dans les deux lieux.

Cette double image, comme un agent « réactif », continue d’engendrer de nouvelles significations à travers l’espace et au fil du temps, en provoquant des associations inattendues. Dans le cadre de cette exposition les échanges ont eu lieu à un stade où les distances, le temps et l’espace disparaissent pour un instant. Cependant la notion de continuité spatio-temporelle varie sensiblement en fonction de l’environnement socioculturel. Ici on présentait des oeuvres simultanément dans une même ville mais dans deux lieux différents. Les oeuvres se reflétaient mutuellement de façon synchrone car le réseau d’échange comprenait non seulement des artistes d’origines les plus diverses mais aussi un public à la fois asiatique et européen.

3

Un dialogue actif est né de cette expérience collective et ne cesse de rebondir en cycles infinis sur notre mémoire collective. En nous donnant une plate-forme d’échanges, ce dialogue a fructifié par delà la reconnaissance passive de nos différences, il nous a appris à mieux écouter l’autre tant en nous qu’à l’extérieur de nous. Et ici, il semble que « le terme d’écoute soit préférable à celui de communication parce qu’il évoque le creusement d’un vide plutôt que l’emplissage d’un canal, parce qu’il indique l’attention aux demandes et aux propositions plutôt que l’offre d’information et la juxtaposition de discours. »(4)

Selon le principe inscrit dans le titre de l’exposition, avec son emblème ambivalent du canard et du lapin, on a demandé à chaque artiste de participer sous forme de deux oeuvres qui puissent être comprises ensemble tout en étant exposées dans des lieux différents. C’est pourquoi il semblait indispensable de trouver, en plus du lieu de référence coutumier qu’est le musée, un espace approprié sans rapport direct avec les institutions artistiques, afin d’offrir au public un regard complémentaire et approfondi sur les travaux présentés. Les 800m2 de l’Atelier des enfants au Centre récréatif pour l’enfance de Taipei (TCRC) en face du TFAM, se sont avérés comme le choix idéal dans cette perspective. D’autre part, les 2000m2 des trois salles du TFAM nous ont offert un lieu d’exposition adapté aux oeuvres d’échelle plus ambitieuse.

Ainsi on pouvait voir le travail d’un même artiste dans différents contextes en l’espace de quelques minutes. Le parcours d’un lieu à l’autre favorisait la réflexion sur les oeuvres en donnant aux spectateurs l’occasion de prendre la distance nécessaire. Ce mode de présentation simultané a aussi donné lieu à des rencontres inattendues entre les visiteurs de l’exposition autour des pièces, ce qui en multipliait les possibilités d’interprétation. Les artistes présents ont tous démontré leur volonté d’engager un dialogue avec le public en restant à l’écart des catégories et des cloisonnements spatio-temporels.

On a du procéder à de nombreux ajustements pour assurer la lisibilité des travaux. Les espaces en sous-sol du TFAM étaient baignés de lumière naturelle grâce au patio bordant un côté de la première salle. Cette configuration spatiale exigeait de certaines oeuvres qu’elles soient suffisamment transparentes pour ne pas éclipser les pièces situées plus loin à l’intérieur des salles. La salle ensoleillée au dernier étage du TCRC présentait encore d’autres enjeux : l’espace quelque peu restreint exigeait qu’on se préoccupe sérieusement des questions de circulation tandis qu’il fallait aussi tenir compte du jeune public auquel cet espace était familier. D’autre part, dans toutes les salles, on a du ajuster l’équilibre des pièces à composantes sonores pour qu’elles puissent affirmer leur présence individuelle tout en contribuant à un rythme général en perpétuelle transformation.


Il fallait que chaque contribution puisse poser des questions spécifiques tout en restant compatible avec les autres. Dans la plupart des cas, les oeuvres exploraient leur territoire propre sans empiéter sur les autres. Ces paramètres ont été évoqués à de nombreuses reprises à l’occasion des multiples consultations qui ont eu lieu entre artistes, commissaire et personnel du musée, au cours des mois précédant l’exposition et jusqu’à la dernière minute avant l’inauguration. On a organisé des rencontres, évoqué les problèmes qui se posaient à chaque tournant. On a proposé des solutions et pris des décisions dans un état d’esprit où l’écoute cédait invariablement le pas aux déclamations ; et ce, à tel point qu’on peut envisager l’exposition, comme un laboratoire où chaque décision d’un artiste était susceptible de se répercuter sur un autre, où le regard du spectateur était l’élément catalyseur. Parmi les 20 artistes sélectionnés on pouvait ainsi distinguer 3 types d’approche différents.

Les premiers semblaient s’intéresser avant tout à la notion d’identité culturelle au delà des définitions nationalistes. Cela frappait d’abord dans les travaux de Hsueh O-Wei et de Shun Chu Chen qui tous deux ont fait appel à des métaphores pour dénoncer l’absurdité des contraintes géopolitiques. Entre-temps, Jui Chung Yao et Seamus Farrell ont projeté un regard sardonique sur l’histoire en évoquant le dilemme de la propagande entre la Chine continentale et Taïwan. D’autre part, Ben Yu a montré une documentation photographique hautement réaliste des paradoxes culturels à Taïwan, tandis que Jeong-A Koo et Ming-Tse Lee ont tous deux entrepris de décoder la notion de « global village » à travers un processus de fragmentation délibéré.

Le second groupe tendait à considérer les modes de production actuels dans les secteurs en pleine expansion comme les services ainsi que les phénomènes de consommation de masse. Ainsi, Jun-Jieh Wang crée une agence de voyages fictive tandis que Fabrice Hybert fondateur de sa propre entreprise de production présentait un ensemble de dessins ainsi qu’un prototype. Les deux entités invitaient à la consultation et présentaient des prototypes mis à la disposition du public. Jean-Luc Moulène a eu recours à une compagnie multinationale existante en détournant les stratégies de promotion publicitaires. Michael Ming Hong Lin et Huang-Chen Tang se sont préoccupés d’autres aspects de l’envahissement de la technologie, le premier en représentant l’environnement visuel et sonore du musée, le second en détournant l’usage quotidien que nous faisons de simples appareils de communication. Hinrich Sachs a évoqué la globalisation des structures d’information à travers des procédés graphiques et des débats en temps réel. Valérie Jouve a réinterprété les familiers faces-à-face des instantanés photographiques en exposant des situations complexes de faces-à-dos dans un contexte urbain. Eric Hattan a exploré un autre niveau de langage dans des renversements d’échelle qui oscillent entre le voyeurisme et l’illusionnisme. Les pièces de Te-Yu Wang renvoyaient aussi à un processus de retournement en invitant le public à reconsidérer sa perception des autres à travers le dialogue.

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Le troisième groupe d’artistes s’en tenait essentiellement à des introspections personnelles dans un contexte universel. Hsia-Fei Chang nous faisait partager ses habitudes de vie divisées entre Taïwan et la France. Thomas Baumann évoquait plutôt la notion de temps comme composante essentielle de notre vie quotidienne. En nous faisant entendre les sons de nouveaux-nés dans son environnement familial, Malachi Farrell faisait allusion aux meurtres d’innombrables bébés de sexe féminin en Chine continentale. Anne-Marie Schneider, pour sa part, ajoutait une perspective littéraire à son expérience de la réalité.

Puisque cette exposition est fondée sur la notion d’échange, je propose une lecture guidée des 40 pièces produite et exposées à Taïwan. Le commentaire qui suit a pour but de documenter certaines associations mentales et certains liens entre les oeuvres et leur contexte, dont les spectateurs ont pu faire l’expérience au cours de leur visite de « Tu parles/J’écoute » à Taïpei. Les expositions collectives d’art contemporain rassemblent généralement de nombreuses installations réalisées avec les matériaux les plus divers pour une période limitée, mais avant l’ouverture de l’exposition « Tu parles/J’écoute » à Taipei les artistes ne disposaient que d’un maximum de 20 jours pour achever deux installations. De ce fait, les oeuvres présentées avaient toutes une fraîcheur et une immédiateté qui invitait le visiteur à participer.

« Tu parles/J’écoute » est déjà plus qu’une exposition. C’est un projet en cours, un cycle ouvert de manifestations dont le prochain épisode aura lieu à La ferme du Buisson aux abords immédiats de Paris. A cette occasion on présentera de nouvelles propositions, complétant ainsi une nouvelle boucle du circuit, ce qui permettra l’ouverture d’un nouveau « laboratoire global ». D’autre part, une programmation de films de réalisateurs Taïwanais est également envisagée, en parallèle à l’exposition. On laissera la place aux questions et aux réponses, à la compréhension et au désaccord, à la réflexion et à la contemplation, mais tous les artistes y trouveront l’occasion d’élaborer une synergie entre eux-mêmes et le public, un espace ouvert et un lieu d’où ils pourront apporter leur don au monde.

Cécile Bourne-Farrell[:]

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